Se rendre superflu : protéger la nature sans philanthropie ?

Par Thierry Renaud, Directeur, Impact & Durabilité

Projet X phase 1, phase 2, phase 3…

La conservation de la nature est un processus à loooong terme. Un projet unique ne peut atteindre que des résultats partiels, voir temporaires. La tentation est grande de poursuivre avec une nouvelle phase « Juste pour consolider ce que nous avons commencé » et pour ne pas culpabiliser de « ne pas accompagner la dynamique à son terme ». Selon les acteurs, et les situations, cette vision est nécessaire, un réflexe, un fardeau … (cocher ce qui vous convient). Cela crée des situations de dépendances et une course au projet qui ne sont satisfaisantes pour personne, bailleurs comme organisations de terrain.

La conservation de la nature aura-t-elle toujours besoin de la philanthropie ?

Oui. Innovation, thématiques négligées, agilité et flexibilité, voire composante clé de politiques publiques, la philanthropie a un rôle non négligeable.

Mais … Atteindre les objectifs d’Aichi pour la biodiversité nécessite entre 150 et 440 milliards USD annuellement. Les financements philanthropiques ne sont qu’une goutte d’eau…

Bonne nouvelle : Il y a une multitude de moyens de financer la conservation de la nature

Nous avons publié récemment un panorama des différents mécanismes de financement de la conservation. Des nouveaux acteurs multilatéraux (fond vert pour le climat, …) à l’impact investing en passant par les green bonds ou la fiscalité verte, plus de 13 mécanismes sont passés en revue. Avec un focus sur la Méditerranée et l’Afrique de l’Ouest, régions prioritaires pour la MAVA, nous détaillons leur potentiel et leur faisabilité. Ma conclusion est claire : même s’il n’y a pas une solution miracle unique, il y a une réelle opportunité de mettre en place une gamme de mécanismes complémentaires aptes à générer des revenus à long terme pour la conservation.

Comment y arriver ?

Vu le dynamisme du secteur, je suis optimiste. Une grande diversité des acteurs est engagée : ONGs, institutions financières, administrations, fond fiduciaires, bailleurs, secteur privé… Il y a même des nouveaux métiers qui sont en train d’émerger, notamment pour faire le lien entre tous ces acteurs et traduire les besoins dans un langage commun. Il y a un réel appétit.

Nous avons des raisons d’être ambitieux. D’ici 2022, la MAVA va soutenir le développement de mécanismes de financement de la conservation en lien avec ses priorités stratégiques. Cela sera un des piliers de la durabilité de ce pour quoi nous avons œuvré depuis notre création. Pour cela, nous avons besoins d’acteurs forts, ambitieux, proactifs, et bâtissant des ponts avec les autres acteurs. Nous serons proactifs dans la construction des partenariats que nous soutiendrons, mais restons ouverts à explorer les opportunités.

Les 4 étapes clés :

  • Vivez conservation finance. Intégrer les mécanismes de financement durables dès les stades précoces de vos stratégies. Ancrez-les au cœur des projets, et pas seulement comme des modules ad hoc.
  • Construisez des coalitions multi-acteurs, intégrant aussi bien les acteurs publics que privés, et si possible des fonds fiduciaires dont la capacité à gérer des fonds et les investir pour la conservation est reconnue.
  • Soyez proactifs. Souvent, il manque un acteur acceptant de jouer le rôle de moteur, qui peut durer longtemps et est parfois ingrat. Mais sans lui, rien ne se passe !

Et bien entendu, je serai toujours heureux de prolonger la discussion avec ceux qui le désirent.

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