En quête de sens

Dans une autre vie, Yousra Madani a consacré tout son temps et son énergie à organiser des événements sportifs de haut niveau, et à produire des couvertures télévisuelles pour les heures de grande écoute. Puis quelque chose s’est passé – le destin y est sûrement pour quelque chose.

« Football, tennis, athlétisme, marathons… Nous avons tout fait. C’était très amusant, mais au bout de dix ans ou presque, cela ne me satisfaisait plus. J’ai eu envie d’utiliser mes compétences pour faire quelque chose qui ait du sens, et trouver une façon d’utiliser les budgets que nous avions dans les événements pour créer du changement positif dans la société. »

Après avoir été bénévole pour le projet Aldebaran, qui créait des clubs d’astronomie dans les écoles en collaboration avec le Réseau des écoles associées de l’UNESCO, Yousra a rejoint le WWF Afrique du Nord. Elle a tout de suite été initiée, puisqu’elle a été responsable de l’organisation de la délégation internationale de la COP22, organisée à Marrakech en 2016 – qui est la réunion de suivi des NU à l’Accord fondateur de Paris sur le climat. Mais ces débuts exigeants lui ont permis de briller, et de gagner l’approbation pour installer le bureau du WWF Afrique du Nord en 2018.

L’installation du bureau du WWF à Casablanca est probablement ce dont je suis la plus fière. Au cours de nos deux premières années, nous avons eu des résultats impressionnants, notamment dans la conservation des zones humides. Entre 2018 et 2019, nous avons sécurisé 14 nouveaux sites Ramsar au Maroc !

Valoriser l'eau

Aoua Lake ©Faouzi Maamouri

Le bassin versant du Sebou, qui couvre 40 000 km², abrite des zones humides, des forêts et des lacs essentiels, et fournit de l’eau pour 6,2 millions de personnes. Mais ce système naturel critique est menacé par une utilisation excessive de l’eau pour l’agriculture, par la pollution industrielle et le surpâturage. La priorité est donc de lutter contre cette crise.

« Au Maroc, tout le monde connaît le lac Aoua – c’est un symbole, un endroit où tous les Marocains vont, et qui abrite de nombreux oiseaux et espèces sauvages. Mais aujourd’hui, à cause de ce qui se passe dans le bassin, le lac est complètement asséché. Le voir ainsi est un choc. Mon plus grand rêve est de le voir à nouveau rempli d’eau et vivant. »

Heureusement, l’espoir existe. Fin 2019, le WWF et Yousra ont joué un rôle essentiel dans le lancement du Fonds de l’Eau du Sebou – un mécanisme de financement durable par lequel les plus gros consommateurs d’eau en aval, notamment des entreprises et des donateurs publics et privés, investissent dans la restauration en amont afin d’améliorer la qualité et l’approvisionnement en eau.

« Le Fonds se base sur le principe qu’il vaut mieux empêcher les problèmes à la source que les résoudre en fin de chaîne. Au début, le gouvernement, le secteur privé et la société civile étaient très sceptiques. Puis nous sommes allés avec des partenaires du gouvernement, des bailleurs et des médias au Kenya, afin de voir sur place le Fonds de l’Eau Tana-Nairobi et de rencontrer les autorités en charge des questions de l’eau au Kenya. Après cela, les choses ont commencé à changer. L’exemple que nous avions sous les yeux, favorisant le maintien de la sécurité écologique, était probant. En cinq ans seulement, et grâce à une gestion intégrée du bassin, le Fonds de l’Eau Tana-Nairobi a profité aux espèces sauvages et à des milliers d’agriculteurs et de producteurs vivant dans le bassin. Lorsque nous sommes revenus, nous avons adapté le modèle aux conditions locales du Maroc. »

Premier du genre dans le bassin méditerranéen, le Fonds de l’Eau du Sebou pourvoit aux besoins des différentes priorités des donateurs – zones humides, biodiversité, agriculture durable et patrimoine culturel, entre autres – et soutient des projets pilotes dans tout le bassin, notamment un projet axé sur la restauration du lac Aoua. Chaque dirham investi dans des activités de restauration peut, avec le temps, rendre le double grâce à l’amélioration des services écosystémiques – par exemple l’accroissement de la production agricole, l’amélioration de la santé des zones humides, et une séquestration accrue du carbone.

 

Moroccan Parliament - ©Luis Costa

Détermination et audace

Pour Yousra, le succès de la création du Fonds vient du soutien sur le long terme de la MAVA, de la persévérance du WWF, et de sa capacité à rapprocher les différents acteurs et à valoriser l’affection et le respect que les populations locales portent à leur région.

« Nous travaillons actuellement à un protocole d’entente pour sécuriser la collaboration et les contributions en nature des divers ministères. Il a fallu du temps pour arriver à ce niveau de collaboration, mais le voyage d’échanges au Kenya a été un réel catalyseur – il a forgé des amitiés et une réelle volonté de travailler ensemble. Après ce voyage, outre l’Agence du bassin du Sebou, le département de l’Eau et des Forêts et le département de l’Eau du ministère de l’Équipement et de l’Eau ont rejoint le Fonds de l’Eau du Sebou, suivis quelques mois plus tard de représentants des ministères de l’Intérieur, de l’Agriculture et du Tourisme. »

Yousra, qui a rejoint le WWF sans même avoir fait d’études dans la conservation ou avoir de grandes connaissances du secteur public, a vite beaucoup appris, convaincue qu’un travail acharné porterait ses fruits.

J’ai agi sans réfléchir. J’ai vu ce poste comme un défi, une aventure. Lorsque les gens voient que vous êtes engagée et que vous proposez des solutions, ils vous font confiance. Partout, des gens veulent aider, il faut juste trouver la bonne personne, puis avoir l’audace d’agir.

Comment Yousra contribue-t-elle à la mission de la MAVA?

En savoir plus sur comment le WWF et Yousra contribuent au plan d’action de la MAVA Garantir une gestion intégrée des bassins fluviaux dans le Bassin méditerranéen.

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