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En avril 2018, quelque chose d’extraordinaire s’est produit dans le monde de la conservation des oiseaux. Pendant quatre jours à Abu Dhabi, des scientifiques, décideurs, entreprises, ONG et donateurs de 100 organisations et de 70 pays différents se sont réunis pour participer au tout premier Sommet mondial sur les voies migratoires [Flyways Summit – en anglais].

Organisé par BirdLife International, le Sommet visait à identifier des solutions créatives aux menaces posées aux oiseaux migrateurs par les infrastructures énergétiques, le développement au sein des zones humides, l’empoisonnement et la chasse illégale.

Transcendant les frontières et connectant êtres humains, pays et écosystèmes, les oiseaux migrateurs sont des indicateurs clés de l’état de nature. Et les signes ne sont pas bons. Un cinquième des oiseaux sont des migrateurs, et aujourd’hui près de 40 % d’entre eux sont en déclin, et un sur huit est menacé d’extinction totale.

La conservation des oiseaux migrateurs signifie la protection de  leurs habitats et la gestion des menaces complexes et interdépendantes qui les guettent. Entre autres, la déclaration finale du Sommet mondial sur les voies migratoires recommande qu’une importance prioritaire soit accordée à la conservation des oiseaux migrateurs par le secteur de l’énergie, une tolérance zéro de tous les gouvernements en ce qui concerne les pratiques illégales de chasse et de commerce des oiseaux sauvages, et une attention particulière aux espèces emblématiques comme les outardes ou le faucon sacre.

Dans l’ensemble, la déclaration représente le type de coopération nécessaire au niveau mondial pour atteindre des objectifs globaux de durabilité et témoigne de l’approche avant-gardiste de BirdLife et de sa place centrale dans la conservation moderne.

Bijagos (c) ORCA Production

L'union fait la force

BirdLife rassemble au sein d’un partenariat mondial des organisations autonomes de 119 pays partageant des activités communes et intégrées. Le succès de l’organisation n’est pas uniquement dû à ses priorités communes et à une stratégie claire, mais aussi à une approche de la conservation profondément ancrée dans les réalités locales.

Il n’est donc pas surprenant que BirdLife joue un rôle central dans la mise en oeuvre de nombreuses composantes de la stratégie MAVA, en tant que partenaire principal ou contributeur dans plusieurs de ses plans d’action. Dans le bassin méditerranéen, BirdLife couvre des composantes liées aux zones humides côtières, à la pêche et à la biodiversité, ainsi qu’aux oiseaux migrateurs et vautours. Et en Afrique de l’Ouest, cela concerne les  zones humides côtières et les oiseaux d’eau, les oiseaux marins, les activités pétrolières et gazières et la biodiversité et la réduction de la prise accessoire de la pêche.

Nous travaillons avec des organisations locales, qui peuvent devenir des leaders de la conservation et dans lesquelles nous investissons. Cela peut être difficile et coûteux, mais à long terme c’est durable. Cela signifie que nous avons un réseau mondial unique ancré localement. Et cela change tout si, en plein milieu d’un coup d’État à Madagascar ou d’une guerre en Sierra Leone, il n’est pas nécessaire de retirer du personnel. Ainsi, nous avons toujours un partenaire actif en Syrie.   Patricia Zurita, Directrice générale, BirdLife International

Lutter contre la chasse illégale des oiseaux en Méditerranée

Chaque année, trois milliards d’oiseaux effectuent de longues migrations le long de milliers de kilomètres qui séparent l’Eurasie et l’Afrique. Pour eux, traverser la mer Méditerranée et survivre aux tempêtes de sable du Sahara est déja une gageure. Mais en plus, ils sont persécutés. Partout en Méditerranée, la chasse illégale fait de chaque migration un massacre.

Au cours des dernières décennies, les armes automatiques, les filets et les pièges à oiseaux ont transformé certaines fêtes culturelles en abattages illégaux et non durables pouvant rapporter des millions, mais qui conduisent à une réduction drastique de nombreuses populations d’oiseaux migrateurs. Rien qu’à Chypre, plus de deux millions et demi d’oiseaux sont tués chaque année.

Il y a une dizaine d’années, BirdLife Malte était à l’avant-garde de la lutte contre ses pratiques. Malgré les incendies criminels et le vandalisme, grâce au travail de plaidoyer et de surveillance ainsi qu’à l’engagement du public, l’association a réussi à réduire le braconnage mais aussi à raccourcir la saison de chasse aux oiseaux légale au printemps passant de deux mois en 2006 à seulement deux semaines en 2012.

Mais les cas maltais ou chypriotes ne sont que deux exemples d’une tendance inquiétante qui exige une action coordonnée dans l’ensemble du bassin méditerranéen. Heureusement, le réseau dynamique de BirdLife en Méditerranée est idéalement positionné. Grâce à des projets régionaux soutenus par la MAVA, plus de 20 ONG d’Europe, d’Afrique du Nord et du Moyen-Orient travaillent désormais en étroite collaboration pour sensibiliser l’opinion publique, renforcer les politiques et l’application des lois et protéger les sites et habitats clés.

Parmi les réussites notables à ce jour, on peut citer une interdiction de chasse de deux ans sur le lac Sasko au Monténégro ; le tout premier plan national traitant du piégeage illégal à Chypre ; un référendum maltais sur l’abolition de la chasse printanière ; un traité de paix avec les oiseaux proclamé par le président du Liban ; et un engagement avec les secteurs de l’électricité, du gaz et de l’énergie éolienne en Macédoine.

Grâce à une collaboration nationale et régionale, BirdLife a pu faire de la chasse illégale des oiseaux migrateurs une priorité internationale en matière de conservation. Leur approche en Méditerranée est devenue un exemple majeur pour d’autres régions telles que la péninsule arabique et, grâce à un groupe de travail spécialisé, cette approche est également en cours d’intégration dans le plan de travail de la Convention sur les espèces migratrices.  Paule Gros, Directrice, Programme Bassin Méditerranéen, Fondation MAVA

Les prises accessoires de la pêche

À l’échelle mondiale, les prises accidentelles des pêcheries commerciales et artisanales constituent la menace la plus importante pour les tortues et oiseaux marins.

Ayant réussi de manière marquante à faire réduire les prises accessoires d’albatros dans de nombreuses pêcheries, BirdLife développe actuellement des approches similaires pour lutter contre les captures accidentelles des tortues et des oiseaux marins  en Afrique de l’Ouest et dans le bassin méditerranéen. Il est essentiel de développer et de promouvoir du matériel de pêche, des techniques et des réglementations, en collaboration étroite avec les secteurs concernés, mais aussi de renforcer la confiance et les relations avec les pêcheurs.

Pendant de nombreuses années, nous avons travaillé en étroite collaboration avec les pêcheurs, en établissant des relations avec eux et en leur montrant qu’un oiseau accroché à un hameçon signifie un poisson de moins à vendre. Les pêcheurs doivent être satisfaits et doivent utiliser tout nouveau matériel avant même que nous pensions à le recommander aux décideurs.  Iván Ramírez, Responsable Conservation pour l’Europe et l’Asie centrale, BirdLife International

Une « économie bleue » pour l'Afrique de l'Ouest

En complément de ce travail direct avec les pêcheurs, BirdLife a également cherché à impliquer les décideurs politiques. Soutenir la prise de décision fondée sur la science pour une « économie bleue » durable est une stratégie clé en Afrique de l’Ouest.

Parallèlement à la lutte contre les prises accessoires de la pêche, l’adoption de meilleures pratiques visant à la réduction des risques de pollution pétrolière et gazière offshore est une priorité. Alors que le secteur privé promet une prospérité indispensable pour la région, il est important qu’elle soit développée dans le respect des équilibres locaux.

Renforcer la bonne gouvernance de l’environnement marin en Afrique de l’Ouest est un défi complexe, mais la capacité de BirdLife à développer des partenariats avec des acteurs et des décideurs est un gage de réussite.

BirdLife est un acteur de plus en plus important dans la conservation en Afrique de l’Ouest et un partenaire clé pour la MAVA. Avec son réseau mondial, son expérience et son expertise, BirdLife a beaucoup à offrir à la région. Nous aimerions voir leur réseau de partenaires locaux croître au même titre que l’investissement d’autres donateurs.  Charlotte Karibuhoye, Directrice, Programme Afrique de l’Ouest, Fondation MAVA

Echange de connaissances, professionnalisme et leadership

Alors que les financements de la MAVA arriveront à leur terme en 2022, rien n’est plus important pour la fondation que de veiller à ce que ses partenaires puissent continuer à assurer un travail de conservation efficace.

En tant que réseau, BirdLife a longtemps soutenu et fait progresser ses membres grâce à une approche unique d’apprentissage entre pairs. Aujourd’hui, la MAVA investit dans le développement organisationnel d’un certain nombre de partenaires communs à la MAVA et à BirdLife en vue d’améliorer leur efficacité et leur viabilité financière.

Pendant longtemps, la MAVA a fourni un soutien organisationel à certains de ses partenaires avec des experts externes. BirdLife est capable de fournir un soutien en s’appuyant sur son propre réseau, rendant ainsi son approche particulière. Cela signifie qu’il s’agit d’une relation d’égal à égal, de pairs du même domaine, parlant le même langage, et partageant une passion commune pour l’ornithologie, qu’ils travaillent ensemble sur la gouvernance, la comptabilité… ou le suivi des oiseaux.  Simon Mériaux, Manager, Impact & Durabilité, Fondation MAVA

Dans le cadre de cette collaboration, la MAVA a déjà investi 1,6 million d’euros dans un fonds de développement des capacités afin de soutenir le développement organisationnel de partenaires de BirdLife en Méditerranée tels que la Société portugaise d’étude des oiseaux ou l’Association BIOM en Croatie.

En capitalisant sur l’appui existant entre partenaires de BirdLife, et fourni aux partenaires en Afrique de l’Ouest par la Société Royale pour la Protection des Oiseaux au Royaume-Uni, SEO BirdLife en Espagne et Vogelbescherming aux Pays-Bas, la MAVA espère élargir le fonds afin de renforcer les capacités d’autres partenaires tels que Nature Mauritanie ou des candidats aux partenariats de BirdLife tels que Biosfera au Cap-Vert.

Les fonds sont alloués sur la base des besoins de développement organisationnel identifiés grâce à l’outil d’Assurance Qualité de BirdLife et des plans de renforcement à long terme sont ainsi bien élaborés. Les défis communs tels que la planification stratégique et la gouvernance sont abordés de manière proactive à travers l’élaboration de guides de bonnes pratiques, tandis que d’autres besoins sont abordés à travers  formations et soutiens sur mesure. C’est un excellent moyen d’investir dans le renforcement des capacités.  Julius Arinaitwe, Directeur, Partenariats et régions, BirdLife International

La MAVA soutient également l’ouverture d’un nouveau bureau de BirdLife à Dakar, au Sénégal. Cela donnera au partenariat une base permanente dans la région et facilitera la conservation et potentiellement le développement organisationnel en Mauritanie, au Sénégal, en Guinée Bissau, au Cap-Vert et en Sierra Leone, et peut-être aussi en Gambie et en Guinée.

Soutenir le développement de la société civile en Afrique de l’Ouest et en Méditerranée est essentiel, notamment en conférant une autonomie aux petites ONG et en renforçant le professionnalisme et la gouvernance. Bien qu’il soit relativement facile de trouver une expertise en matière de conservation, il est plus difficile de trouver des managers et des leaders, en partie en raison du manque d’opportunités de développement et de formation au niveau local.

Donana (c) ORCA Production

Célébration et transition

En 2022, BirdLife fêtera son centenaire et la MAVA mettra un terme à ses financements.

En attendant, la MAVA continue de soutenir BirdLife en Afrique de l’Ouest et en Méditerranée afin que l’organisation soit en mesure d’accomplir un travail de conservation de premier plan et de soutenir la société civile.

Ce partenariat illustre la façon avec laquelle la MAVA déploie sa stratégie finale et BirdLife a relevé le défi. Lorsque la MAVA se retirera, nous espérons que d’autres donateurs et fondations continueront à soutenir les efforts entamés.

Lors du Sommet mondial sur les voies migratoires à Abou Dhabi en 2018, de nombreux donateurs ont reconnu le besoin d’une Alliance des donateurs pour la conservation des oiseaux, axée sur les oiseaux en tant qu’ambassadeurs pour la nature et les êtres humains. Il est vital que nous réussissions. Bien sûr, la MAVA n’est pas le seul donateur de BirdLife, mais un soutien croissant pour la conservation des oiseaux à l’échelle mondiale est indispensable.  Lynda Mansson, Director General, MAVA Foundation

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