J’ai grandi à Saint-Louis, ville située à l’embouchure du fleuve Sénégal. Petit, je jouais toujours avec les oiseaux, je les nourrissais, les chassais et les imitais. J’ai toujours adoré les oiseaux. Ils sont la raison de mon travail aujourd’hui. Mon oiseau préféré est le combattant varié (Calidris pugnax) – pour sa forme, sa couleur, la façon ils volent en groupes…

Etre un oiseau

Diplômé en agronomie et en sciences de l’Environnment, Ibrahima Gueye dirige la division des Zones humides au sein de la Direction des Parcs nationaux du Sénégal, et agit également comme point focal pour Ramsar et d’autres conventions internationales. Il est responsable des projets MAVA dans la Réserve de Biosphère du delta du Fleuve Sénégal et le Delta du Saloum.

Il s’agit d’un rôle essentiel. Les zones humides côtières du Sénégal, menacées par la surpêche, une mauvaise planification des infrastructures, la pollution et le changement climatique, sont pourtant vitales pour les moyens d’existence locaux, mais aussi pour les oiseaux qui migrent et qui hivernent, comme le puffin de Scopoli, sur la voie de migration de l’Atlantique Est.

Je me suis découvert une passion pour la conservation des oiseaux lorsque j’étais Conservateur du Sanctuaire ornithologique national de Djoudj. Certes, nous pouvons beaucoup apprendre des études académiques théoriques mais ce que je sais vraiment sur les zones humides, je l’ai appris en grande partie auprès des populations et des communautés de Djoudj dont la vie est intimement liée à celle des zones humides.

Pour le bien commun

Un mois ordinaire pour Ibrahima inclut beaucoup de travail institutionnel, néanmoins ce qui importe véritablement pour lui est l’implication des communautés locales.

« Veiller à ce que les populations locales participent à la conservation est la seule façon de réussir. Plus de la moitié du travail que nous faisons repose sur l’action des volontaires, donc il est crucial qu’ils en profitent aussi. »

Les volontaires sont formés pour utiliser des guides de terrain, des télescopes et des jumelles, identifier les différentes espèces d’oiseaux afin d’aider au travail de suivi, notamment le recensement international des oiseaux d’eau, qui a lieu tous les ans en janvier.

Dans le delta de Saloum, la plupart des aires protégées sont gérées par des communautés, des pêcheurs et des fermiers qui utilisent des techniques de conservation pour améliorer les prises et les récoltes. Leur réussite inspire de plus en plus de communautés et de collectivités territoriales à se tourner vers le Ministère pour demander un appui à mettre en place des réserves naturelles communautaires.

La conservation n’apporte pas toujours des résultats rapides ou faciles. C’est comme planter un arbre : vous savez que vous ne mangerez probablement pas ses fruits, mais vous le faites quand même, pour vos enfants.

Le travail des femmes

Ibrahima est particulièrement fier des projets du Ministère, qui permettent aux femmes qui habitent dans et autour des aires protégées de mettre en place des micro-entreprises vertes.

Un projet de la MAVA qu’il coordonne a permis d’aider des femmes à ouvrir des boutiques qui vendent du biogaz, ce qui réduit la pression sur les arbres et les mangroves, traditionnellement utilisés comme combustible pour la cuisine. Un autre a formé des femmes de communautés éloignées à la culture de légumes biologiques pour améliorer la sécurité alimentaire de leur village.

(c) Hellio Van Ingen

Aujourd’hui, elles se financent seules et sont auto-suffisantes, et travaillent ensemble en tant que groupe socioprofessionnel. C’est très satisfaisant. Au Sénégal, nous disons que si vous convainquez la femme, vous convainquez toute la communauté – car elles sont les meilleures communicatrices et ce sont elles qui élèvent nos enfants.

Se faire de nouveaux amis

Ibrahima a récemment aidé à obtenir 1200 000 euros du Luxembourg et de l’Union européenne pour la restauration des zones humides et le développement de solutions face à la pollution agricole qui menace le Parc du Djoudj et pour l’amélioration de la gestion du réseau des aires protégées dans les Réserves de biosphère du Fleuve Sénégal et du Delta du Saloum. Avec le départ de la MAVA en 2022, des soutiens provenant de partenaires internationaux comme ceux-ci sont cruciaux. Et alors que le changement climatique s’accélère, il est fondamental de travailler avec d’autres secteurs ministériels afin de maintenir les services écosystémiques des zones humides et améliorer leur gouvernance.

Ce que j’ai appris, c’est que la réussite en matière de conservation dépend de la collaboration – au Sénégal, mais aussi dans toute l’Afrique de l’Ouest. La nature ignore les frontières. Je continuerai à me battre jusqu’à ce que les zones humides soient une priorité politique nationale.

En savoir plus sur la façon dont Ibrahima et le Département des Parcs nationaux sénégalais participent au Plan d’action de la MAVA pour mettre un terme aux perturbations dans la reproduction et l’hivernage des oiseaux d’eau dans les zones humides côtières prioritaires

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