Une pensée et une action conjointes !

Par Alessio Satta, Président, MEDSEA Foundation

Alessio Satta (c) MEDSEA

« Intégré » : voilà un terme qui s’utilise partout dans les milieux du développement durable. « Oui, absolument ! » répondons-nous tous… Mais dans la pratique, la situation est plus compliquée que cela. L’un des principaux points forts du projet Maristanis est de mettre en pratique l’intégration chaque jour, et à trois niveaux essentiels.

Le projet Maristanis, qui opère dans le golfe d’Oristano, Sardaigne, est l’un des trois projets pilote du programme de la MAVA pour la conservation des zones humides côtières dans le bassin méditerranéen. Les autres projets pilotes concernent une zone humide près de Bizerte, Tunisie, et une autre à cheval sur la frontière entre l’Albanie et le Montenegro. Le projet Maristanis est coordonné et mis en œuvre par une équipe engagée de la Fondation Mer et Côte de Méditerranée (MEDSEA). Voici plus précisément les réalisations du projet en termes d’intégration :

1  La Gestion intégrée des zones côtières en pratique

Le niveau d’intégration le plus fondamental dans ce projet est un engagement partagé avec le Protocole du PNUE sur la Gestion Intégrée des Zones Côtières (GIZC) pour la Méditerranée. Le « I » de GIZC signifie que les actions et plans locaux doivent être pris en compte dans les stratégies régionales et nationales ; il signifie également qu’il reconnaît les interactions complexes entre la côte, les zones humides et les lagunes et la mer elle-même ; enfin, il souligne l’interdépendance entre un environnement côtier sain et une population prospère. La Gestion Intégrée des Zones Côtières est au cœur du projet Maristanis.

2  Un cadre d’action clair

Dans des systèmes complexes, il est facile de perdre l’objectif principal de vue. Les plans d’action permettent d’identifier les domaines prioritaires d’intervention – dans notre cas, la conservation des zones humides côtières – et de définir un cadre d’action. Notre Plan d’action possède un objectif triple : le renforcement des capacités afin que les sites soient mieux gérés ; la sensibilisation du public sur la valeur des écosystèmes côtiers ; et la présentation du fonctionnement de solutions locales dans différents contextes.

Un focus unique et des objectifs bien définis aident à concevoir les plans et actions des trois projets pilotes de la MAVA, qui interviennent dans des contextes politiques et écologiques différents : un premier sur une île dans l’Union européenne ; un second à cheval sur deux pays européens actuellement non-membres de l’UE ; et un dernier en Afrique du Nord.

Le Plan d’action des zones humides est l’un des sept Plans mis en place par la MAVA pour la région du bassin méditerranéen. Là encore, l’intégration est essentielle. Tout comme les impacts des activités terrestres ne s’arrêtent pas aux côtes, les actions de conservation des zones humides influencent (et sont influencées par) les changements et la façon dont les cours d’eaux, la pêche et la biodiversité sont gérés. Les comités de pilotage mis en place pour exécuter la stratégie de la MAVA pour le bassin méditerranéen offrent des espaces pour comprendre les initiatives concernées, évaluer les interactions, identifier les synergies et intégrer les actions. Cela permet au projet Maristanis de ne jamais perdre l’ensemble de vue.

3  Penser global, agir local

MEDSEA ©EgidioTrainito

Le projet Maristanis est mis en œuvre dans ce qui peut être considéré comme un milieu idéal : une zone d’une beauté naturelle exceptionnelle qui inclut une aire marine protégée et six sites Ramsar, ainsi que 16 sites « Natura 2000 ». La population de la Sardaigne, tout comme celle des 13 municipalités du golfe d’Oristano, est relativement peu dense, aussi les impacts humains négatifs devraient être limités. L’Italie a ratifié la Convention de Ramsar très tôt, en 1977, et la première Conférence des Parties (COP) s’est tenue à Cagliari, Sardaigne. Nous parions donc sur un fort soutien institutionnel.

Dans la pratique, cependant, les choses peuvent être compliquées au niveau local. Les ressources et priorités sont disputées par différents groupes d’intérêts, de nombreux sites ont des plans de gestion incomplets, et les municipalités manquent souvent de compétences pour développer, mettre en œuvre, surveiller et actualiser ces plans. Il n’est donc pas surprenant que la réponse soit, ici aussi, l’intégration par une action et une pensée conjointes : toutes les parties travaillent ensemble sur les problèmes, utilisent des données factuelles scientifiques et s’accordent sur des solutions réalisables pour tous. C’est ce que l’équipe de MEDSEA essaie de réaliser, et qu’elle a en grande partie déjà réussi à accomplir.

Des études documentaires, des entretiens, des réunions bilatérales et des sessions du Groupe de Consultation Local (GCL) ont permis à l’équipe de découvrir pourquoi des bonnes pratiques démontrées localement, comme le plan solide développé pour la lagune S’Ena Arrubia, n’ont pas été adoptées partout. La réalisation d’un débat ouvert et un processus participatif et inclusif ont souligné trois obstacles majeurs : une capacité limitée du secteur public à rédiger et à mettre en œuvre des plans de gestion Natura 2000 ; la perception locale selon laquelle les plans se focalisent uniquement sur la nature et pas sur les habitants ; et des difficultés à obtenir des financements.

Les réunions successives du GCL se sont focalisées sur la résolution de ces problèmes, en acceptant qu’un organe indépendant supervise la gestion intégrée des six sites Ramsar et offre un soutien technique individuel aux municipalités sur les cadres réglementaires et juridiques applicables à leurs sites. Le Groupe a débattu de visions à plus long terme – comme les avantages de la création d’un nouveau Parc régional – et de préoccupations plus tangibles – comme les financements disponibles de l’Administration régionale de Sardaigne, pour lesquels chaque site peut postuler, avec l’aide de l’équipe MEDSEA. Des gestes symboliques ont également été faits : lors de la troisième réunion, des acteurs publics et privés ont signé un « Contrat zones humides » afin de montrer leur engagement envers une nouvelle forme de gouvernance.

L’intégration au niveau local pose un certain nombre de défis à relever, mais lorsqu’elle s’appuie sur des Plans d’action solides et intégrés, et sur un engagement mutuel envers la GIZC, les possibilités de changements positifs pour la conservation des zones humides côtières du Golfe d’Oristano et dans toute la Méditerranée augmentent de façon exponentielle.

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