« Le développement organisationnel – un petit investissement pour un impact démultiplié » : l’apprentissage de cinq fondations

  Par Rick James, Consultant principal, INTRAC

De nombreuses fondations révisent actuellement leurs stratégies de financement pour passer à des appuis son liés. Mais peu d’entre elles prennent sérieusement en compte le développement organisationnel des bénéficiaires de financements. Aujourd’hui, plus que jamais, nous devons investir dans le renforcement des organisations de la société civile. Dans un tel environnement, cinq fondations suisses – Laudes, MAVA, Mercator, Oak and PeaceNexus – se démarquent. Elles ont toutes investi dans le développement organisationnel de leurs bénéficiaires. Un peu plus tôt cette année, elles ont réfléchi, organisé et partagé leurs expériences sur ce qu’apportait le soutien au développement organisationnel. Leur conclusion est sans appel : le développement organisationnel est un investissement intelligent pour démultiplier l’impact. Elles sont convaincues que soutenir le développement organisationnel augmente la probabilité de réalisation de leur mission, et que celui-ci doit donc faire partie intégrante du travail quotidien de toute fondation.

Leur rapport passionnant Funding Organisational Developpement (Financer le développement organisationnel), aborde la façon dont initier un développement organisationnel, analyse le cadre institutionnel nécessaire, étudie le processus de développement organisationnel et souligne les dilemmes actuels. Voici les principales questions auxquelles ces fondations répondent :

Qu’est-ce que le développement organisationnel ?

Pour ces cinq fondations, le développement organisationnel est une stratégie permettant d’atteindre les résultats fixés grâce à l’amélioration de la santé organisationnelle d’un partenaire. Pour cela, il faut accroître la résilience et la durabilité des organisations partenaires, ce qui les aide à atteindre leurs objectifs. Cela peut aller des besoins essentiels en développement organisationnel (par ex. la stratégie, la gouvernance, la structure et la planification de la durabilité) aux systèmes internes (comme les RH, les finances, le suivi, l’évaluation et l’apprentissage et la digitalisation) et à la gestion des relations externes (par ex. l’appel de fonds, la communication, le plaidoyer). Pour PeaceNexus[1] et Mercator, la mise en place d’une telle stratégie est un point d’entrée fréquent pour le développement organisationnel.

Pourquoi investir dans le développement organisationnel ?

Presque tous les efforts des fondations visant à transformer la société se font par le biais de financement de projets au sein d’organisations. Les fondations doivent veiller aux outils organisationnels qu’elles utilisent dans leur travail. Leur financement aura uniquement un impact si le bénéficiaire possède la capacité organisationnelle d’opérer un changement. Imaginez une voiture avec un pneu à plat, une boîte de vitesse cassée ou des problèmes dans la direction – vous aurez beau remplir le réservoir, cela ne solutionnera jamais ces problèmes. C’est la même chose si vous injectez des fonds dans des organisations faibles.

Certains bailleurs pensent pouvoir ignorer les aspects organisationnels des bénéficiaires, en disant : « Nous ne finançons que des organisations compétentes ». Et pourtant, nous savons d’expérience qu’il est toujours possible de s’améliorer, quelle que soit la taille ou la force d’une organisation. Nous savons également que le bouleversement des flux d’aides lié au COVID-19, ainsi que les restrictions croissantes des gouvernements, engendrent des demandes encore plus coûteuses aux organisations de la société civile dans le monde.

Avoir la finalité en vue permet de focaliser l’esprit sur ce qui est le plus important. Par exemple : « Lorsque la MAVA a réaffirmé sa décision de mettre un terme à ses financements en 2022, il était clair que la durabilité de ses partenaires était une composante essentielle de la durabilité de son impact. C’est pour cela que la MAVA a mis l’accent sur le développement organisationnel afin de s’assurer que ses principaux partenaires étaient suffisamment solides et financièrement autonomes pour poursuivre leurs activités après sa fermeture. »

 » … Nous savons d’expérience qu’il est toujours possible de s’améliorer, quelle que soit la taille ou la force d’une organisation. »

De quoi les partenaires ont-ils besoin pour bénéficier du développement organisationnel ?

Les cinq fondations s’accordent pour dire que la volonté de changement du partenaire est une précondition essentielle au succès. Elles soulignent que : « le niveau de mécontentement par rapport à la situation actuelle doit atteindre un niveau permettant de dépasser l’apathie ou la résistance au changement, sur la base d’une vision partagée et de premiers pas pour le mettre en œuvre. Un groupe important de champions du changement, prêts à investir de leur temps dans le développement organisationnel, est indispensable pour s’approprier le processus et réussir. En conséquence, le développement organisationnel est généralement proposé aux partenaires qui montrent un appétit pour le changement et sont d’une importance stratégique pour le bailleur. »

De quoi le développement organisationnel a-t-il besoin de la part des fondations ?

Les fondations reconnaissent que le soutien au développement organisationnel est un engagement important, qui demande des compétences de spécialiste. Pour elles, le développement organisationnel a besoin :

  • D’être un élément essentiel de la stratégie. Il doit être intégré dans la stratégie globale de la fondation. Il ne peut pas être un module qu’on adopte « pour faire joli ». Le développement organisationnel doit faire partie de l’orientation générale et sous-tendre la théorie du changement. Le développement organisationnel a donc besoin d’un important soutien du leadership et d’un engagement du conseil.
  • D’un personnel dédié au développement organisationnel et d’un personnel de programme engagé. Les cinq fondations ont embauché du personnel (allant de 0.3 à 10) pour renforcer et mettre en œuvre leur travail de développement organisationnel. Le responsable du développement organisationnel met en place la stratégie, établit les priorités et agit comme expert en développement organisationnel pour le personnel du programme ainsi que pour les partenaires. Les fondations s’attendent également à ce que tout le personnel envisage le développement organisationnel comme un élément faisant partie de son travail quotidien[2].
  • Des consultants qualité. Dans les cinq fondations, les consultants jouent un rôle essentiel dans le développement organisationnel. Ils constituent une sorte de « tampon neutre entre le bailleur et le bénéficiaire, permettant ainsi plus d’ouverture lors du processus de développement organisationnel, tout en apportant également les ensembles de compétences et le savoir-faire contextuel pertinents. » La plupart des cinq fondations ont cherché à renforcer leur offre de consultants qualité[3]. Plusieurs fondations ont échangé leurs expériences afin de mettre en place une base de données en ligne dédiée.
  • Des relations de confiance. Le développement organisationnel ne peut réussir que si la confiance est réelle. Les fondations ont cherché à développer cette confiance en augmentant le financement essentiel ; en considérant la transparence comme une obligation mutuelle ; en gérant et en clarifiant les attentes des deux côtés ; et en mettant en place une attitude sur « l’art de l’échec ». Les cinq fondations essayent d’être flexibles et d’aider les partenaires autant que possible dans la prise de décision sur le développement organisationnel, par ex. lors de la décision des priorités, des délais et des consultants en matière de développement organisationnel.

Cela signifie-t-il que le développement organisationnel ne peut être mis en place que par des grandes fondations ? Les petites fondations en sont-elles exemptées ? Je ne pense pas. Le développement organisationnel est une approche, une façon de travailler, que même les plus petits bailleurs peuvent encourager et soutenir.

Comment savoir quelle différence le développement organisationnel apporte ?

L’évaluation de l’impact du développement organisationnel s’avère être un défi complexe pour les cinq fondations. Les résultats immédiats en matière de développement organisationnel sont souvent progressifs et intangibles, et les résultats à plus long terme sont difficiles à mesurer et à attribuer. Il est quasiment impossible d’affirmer catégoriquement que nous pouvons attribuer directement le changement b à l’apport a. L’impact étant si complexe, il est plus intéressant de regarder la « contribution » que le soutien au développement organisationnel apporte – ce à quoi les fondations travaillent actuellement ensemble.

Rejoignez l’aventure de l’apprentissage du développement organisationnel !

Malgré le manque de preuves irréfutables, les cinq fondations sont convaincues, sans l’ombre d’un doute, que le développement organisationnel est un investissement intelligent. Leurs expériences directes en matière de développement organisationnel sur plusieurs années démontrent que le soutien au développement organisationnel a non seulement permis aux bénéficiaires de dépasser des problématiques comme les crises de leadership, les stratégies désuètes et des systèmes défaillants et débordés, mais leur a aussi permis de s’épanouir et d’avoir un impact plus important.

Elles ont aussi réalisé à quel point apprendre les uns des autres était précieux. Cela leur a permis de créer plus d’appropriation en interne, d’adopter et d’apprendre ensemble ce qui marche et ce qui doit encore être amélioré.

Le groupe actuel des cinq fondations est disposé à accueillir d’autres fondations pour partager son apprentissage. Pour les rejoindre, n’hésitez pas à contacter :
Adriana Crăciun adriana.craciun [at] oakfnd.ch
Carole Frampton carole.frampton [at] peacenexus.org
Simon Mériaux simon.meriaux [at] fondationmava.org
Thierry Renaud thierry.renaud [at] fondationmava.org

[1] Voir le rapport de pratiques de PeaceNexus sur les enseignements tirés de ses partenaires sur les processus de renforcement de stratégie.

[2] Les fondations Oak et Laudes travaillent étroitement avec INTRAC pour accroître les capacités des bureaux de programme à s’impliquer dans le développement organisationnel.

[3] Comme la fondation MAVA et la fondation PeaceNexus, qui collaborent en Afrique de l’Ouest.

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