Un soutien à long terme récompensé !

Par Adolfo Marco, Doñana Biological Station, CSIC

Au bout de vingt ans, la population de tortues caouannes Caretta caretta nicheuse au Cap-Vert semble se reconstituer, après des décennies de braconnage et de perturbations sur ses sites de reproduction. Pendant la saison de reproduction de cette année, le nombre de nids de tortues caouannes au Cap-Vert a approximativement triplé par rapport à 2017. Il s’agit d’une excellente nouvelle : la reconstitution si attendue de cette population menacée a-t-elle enfin lieu ?

L’UICN a récemment actualisé l’évaluation de cette espèce sur sa Liste rouge des espèces menacées. Elle considère désormais que la population du Cap-Vert, unique dans l’Atlantique oriental, est en danger d’extinction. Les tortues caouannes du Cap-Vert font partie des 11 tortues les plus menacées au monde, et jusqu’à très récemment les efforts mis en œuvre ces vingt dernières années pour leur conservation semblaient vains. Cependant, les données de cette année montrent un tournant très encourageant pour le futur de cette population de tortues de mer unique. Les tortues sont des animaux qui vivent longtemps, et cet exemple montre clairement que seules les stratégies à long terme, soutenues par des bailleurs dédiés comme la Fondation MAVA, sont récompensées. La MAVA continue à soutenir le travail sur les tortues vertes et caouannes dans le cadre de son plan d’action visant à minimiser les perturbations et éradiquer la chasse illégale sur les principaux sites de nidification.

L’histoire en bref

Grâce au dévouement d’ONG et des autorités du Cap-Vert, et malgré l’inondation de certains nids, les taux élevés de prédation naturelle et le braconnage, le nombre de nids de tortues caouannes au Cap-Vert a augmenté

Schéma 1 – Nombre total de nids quotidiens sur la plage de João Barrosa (réserve naturelle de tortues, île de Boa Vista, Cap-Vert) en 2018 par rapport aux 5 années précédentes.

Comment expliquer cette augmentation soudaine ?

La protection des plages de nidification les plus importantes du Cap-Vert a commencé en 1998. Cette année, nous célébrons donc le 20e anniversaire du début de la protection des tortues sur les plages. Et, par une coïncidence heureuse, les tortues caouannes atteignent leur maturation sexuelle à vingt ans !

Après des décennies de braconnage intensif, de tourisme et d’autres activités humaines non-régulées sur les plages, un nombre important de femelles a pu, après leur ponte, retrouver la mer en toute sécurité. La disparition d’œufs et la mort de bébé tortues a également été considérablement réduite, en déplaçant des milliers de nids vers des écloseries artificielles. Cela a amélioré le taux de reproduction sur les plages entre 1998 et aujourd’hui, et le nombre d’adultes devrait continuer à augmenter ces 20 prochaines années, même sans diminution probable de la mortalité en mer.

Les femelles adultes pondent rarement deux ans de suite. Après une saison active de reproduction, elles se reposent en général sans pondre pendant 2 à 5 ans. Cependant, on sait aussi que parfois un grand nombre de femelles viennent sur les rivages pour pondre en une année particulière, sans qu’il y ait de variation dans le nombre total de femelles adultes dans la population. Cependant, dans notre cas, puisqu’un nombre significatif de femelles sont baguées chaque année, nous savons que moins de 0,5% des femelles adultes ayant niché en 2018 ont été identifiées sur les plages en 2017. Ces chiffres étayent notre conclusion selon laquelle il ne s’agit pas d’un épisode de synchronisme sporadique. En fait, ces 15 000 à 20 000 femelles qui ont niché cette année au Cap-Vert doivent s’ajouter au 6 000 à 8 000 qui ont niché en 2017 – ce qui est une excellente nouvelle. Il y a dix ans, on estimait le nombre total de femelles reproductrices dans la population entre 8 000 et 10 000. Aujourd’hui, nous pensons que ce chiffre doit au moins être multiplié par deux !

Chaque tortue femelle pond plusieurs fois pendant une saison de reproduction, tous les 14 à 18 jours. Au Cap-Vert, on estime que chaque femelle peut pondre dans différents nids entre 4 et 6 fois par an. Une augmentation de l’alimentation disponible en mer pourrait avoir causé une accumulation de très hauts niveaux de réserves de graisses, permettant aux femelles de produire plus d’œufs et de construire plus de nids cette année. Cependant, il semble impossible qu’une femelle creuse plus de sept nids par saison, et nous savons que cela ne s’est pas produit, car nous avons bagué un pourcentage élevé de femelles qui venaient sur le rivage, permettant ainsi leur identification individuelle.

La seule explication pour une telle augmentation du nombre de nids semble être le nombre plus élevé de femelles adultes dans la population. L’augmentation de femelles adultes est au moins, dans une certaine mesure, le résultat d’une reproduction réussie et d’une meilleure productivité grâce à une gestion sur le site et au déplacement des nids. Le niveau élevé de nouvelles tortues arrivées en 2017 et notamment en 2018 pour se reproduire pour la première fois au Cap-Vert soutient cette hypothèse. Des milliers de jeunes femelles semblent avoir rejoint la population reproductrice pour la première fois, ce qui pourrait expliquer cette augmentation importante du nombre de nids.

Quelle est la prochaine étape ?

Nous avons besoin de plus de preuves ; nous devons être patients et attendre 2019 avant de nous réjouir pour de bon. Si notre hypothèse est confirmée, nous devrions être face à une augmentation continue au cours des prochaines années, avec le retour systématique de nouvelles femelles reproductrices. Pendant ce temps, nous devons continuer à réduire les menaces sur les plages et les eaux avoisinantes où les tortues s’accouplent, en espérant voir perdurer cette reconstitution.

En 2018, au moins à Boa Vista, malgré le grand nombre de tortues sur les plages, le nombre de chasseurs actifs et la vente de chair de tortue semblaient moins importants que les années précédentes, grâce à la coopération entre les ONG, le Directorat national pour l’environnement et la police maritime. Une nouvelle brigade de surveillance a été créée et de nouvelles méthodologies (drones et chiens) ont été testées avec le soutien de la MAVA.

Aux côtés de la mise en oeuvre de nouvelles stratégies visant à soutenir les communautés locales et promouvoir la prise de conscience et l’éducation environnementale, une avancée décisive a été faite avec la mise en œuvre par le gouvernement en 2018 d’une nouvelle loi qui protège les tortues et criminalise leur possession, leur chasse et leur commerce. Le grand défi aujourd’hui des ONG est de rester opérationnelles avec le soutien du gouvernement et de bailleurs motivés comme la MAVA et le Service américain de gestion de la flore et de la faune (USFWS), désireux de soutenir des efforts en faveur de la conservation à long terme.

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