Quelles conditions pour qu’un partenariat multi-acteurs puisse impulser un changement dans la gestion de la conservation de la biodiversité ?

  Par Romain Schumm, Chercheur activités pétrolières et gazières offshore, IDDRI

Dans sa stratégie 2016-2022, la Fondation MAVA propose une approche fondée sur les partenariats multi-acteurs pour favoriser un changement en terme de gestion de l’environnement. A travers le prisme d’un objet écologique (les tortues marines ou les herbiers marins, par exemple) ou d’une menace anthropique  (les activités extractives offshore, les infrastructures côtières…), les partenariats mis en place doivent permettre aux différentes organisations associées d’avoir un impact significatif sur la conservation de la biodiversité.  Cette approche, qui fait l’essence des plans d’action de la MAVA, mérite qu’on analyse en détails les rouages de tels partenariats afin de dégager les conditions dans lesquelles ces derniers peuvent avoir l’impact recherché sur l’état écologique d’une espèce donnée ou sur son mode de gestion.

L’idée même d’un partenariat multi-acteurs comme réponse à un problème de conservation de la biodiversité repose sur deux postulats : (i) la dégradation de la biodiversité résulte d’un défaut de gestion et de coordination des différents acteurs concernés – défaut qu’une appropriation collective du problème et qu’une action concertée peuvent palier ; (ii) la réponse collective donnée à un problème de conservation ne revient, in fine, qu’à institutionnaliser les rapports de force en présence des acteurs sans pour autant modifier le système de gestion qui est à l’origine de la dégradation de l’environnement. Or, nous le savons, le simple fait de réunir les acteurs ne suffit pas, en tant que tel, à changer les pratiques et ma propre expérience de coordination d’un OAP me permet aujourd’hui d’identifier quelques conditions essentielles pour qu’un partenariat multi-acteurs puisse véritablement impulser un changement dans la gestion d’un problème de conservation.

Première condition de succès : l’identification de l’objectif environnemental

Sans boussole, point de salut et il est donc primordial de s’accorder très rapidement  sur l’objectif environnemental recherché. Simple en apparence, cette étape est cruciale dès lors qu’elle permet de donner une finalité au partenariat.

Dans le plan d’action Oil and Gas par exemple, autrement désigné initiative COBIA, l’objectif est d’améliorer la gestion de l’environnement marin face au développement du secteur extractif offshore. Cet objectif nous en apprend sur l’essence du partenariat qui cherche non pas à s’opposer au développement du secteur, non plus à faciliter son développement mais à poser des garde-fous environnementaux pour que ce secteur se développe avec le souci de gérer au mieux ses impacts sur l’environnement marin.

Deuxième condition de succès : la définition des modalités d’action

Une fois que l’objectif du partenariat est formulé avec précision, les acteurs pourraient s’attarder à identifier les modes d’action, dit autrement, les activités, qui permettent d’atteindre ce but. Ici réside un enjeu majeur d’articulation entre l’objectif et les modes d’action. Chaque activité doit servir l’objectif fixé et chaque action doit s’analyser ainsi à l’aune de l’objectif recherché. C’est toute la force et la pertinence des scorecards développées par la Fondation MAVA avec l’aide de la Foundations of success (FOS) que de mettre en exergue l’adéquation des modes d’action du partenariat avec son objectif. C’est aussi tout l’intérêt stratégique de la Mid-term evaluation (MTE) des plans d’actions que de réorienter certaines activités s’il apparait, à l’analyse, qu’elles ne servent pas suffisamment l’objectif fixé.

Troisième condition de succès : la gouvernance du partenariat

Comme le souligne le Partenariat régional pour la conservation de la zone côtière et marine en Afrique de l’ouest (PRCM) dans son blog du 6 mai 2019, la réussite d’une collaboration multi-acteurs suppose une « architecture appropriée dans la gouvernance des plans d’action ». C’est tout l’enjeu d’une bonne coordination qui, à l’aide de différents outils (comité de pilotage, réunions de coordination, plateforme online d’échange), doit permettre des échanges fluides, réguliers et pertinents entre les acteurs. La réflexion stratégique autour de l’amélioration de la communication, de l’évolution des mécanismes de suivi, de la création de nouveaux organes de coordination doit être constamment au centre des discussions. La réussite collective favorisée par ces outils de coordination dépend ainsi de la volonté de chacun, pris individuellement, de s’engager dans le processus. Obtenir un salut triomphant à la fin du spectacle suppose en effet qu’aucun acteur n’ait manqué à l’appel et que chacun se soit pleinement engagé dans la pièce.

L’union fait la force !

En somme, mon expérience de la gestion d’un OAP m’amène à constater que le partenariat, dès lors qu’il remplit certaines conditions, peut jouer un rôle décisif dans l’amélioration d’un problème de conservation. C’est particulièrement vrai concernant la thématique des activités extractives offshore. En s’unissant, les acteurs de la conservation contribuent à faire évoluer le rapport de force et peuvent avoir ainsi un véritable impact face à des acteurs pétroliers puissants, institutionnalisés et mondialisés. Fier d’un partenariat solide, les acteurs de l’OAP oil and gas pourront s’écrier qu’ils partirent une poignée de Saly en 2017 mais, par un prompt renfort, qu’ils furent plusieurs dizaines en arrivant au port en 2022, chacun ayant contribué à l’amélioration de la gestion de l’environnement au sein du secteur offshore ouest africain!

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