L’approche OAP : en quête d’un impact à grande échelle

The FOS Europe Team (2018), (from left to right) Vladimir Milushev, Nico Boenisch, Daniela Aschenbrenner and Ilke Tilders
L’équipe FOS (2018), (de gauche à droite) Vladimir Milushev, Nico Boenisch, Daniela Aschenbrenner et Ilke Tilders

Par Ilke Tilders,  FOS Europe, Ilke@fosonline.org

Lorsque la MAVA fermera ses portes en 2022, elle espère laisser derrière elle une empreinte importante dans les domaines qu’elle a priorisés en matière de conservation, ainsi qu’une communauté de la conservation forte. Pour soutenir cette vision, la MAVA mène un processus de transformation courageux. Elle est passée d’un portefeuille de projets et de partenaires vaguement liés entre eux à 25 partenariats stratégiquement alignés, chacun réalisant des résultats clairs et priorisés reflétés dans un Plan d’action (OAP) (voir aussi l’article de la MAVA sur l’apprentissage – gestion adaptative).

Se focaliser sur l’impact

Pour nous, à FOS Europe, faire partie de ce processus de transformation a été une expérience merveilleuse et enrichissante. Notre rôle est d’offrir un soutien dans le domaine de la gestion adaptative, en utilisant les normes ouvertes du CMP (Conservation Measures Partnership). Nous nous efforçons de renforcer les capacités, les processus et les outils dont nos partenaires ont besoin pour planifier, mesurer et améliorer de façon modulable leurs Plans d’action, en les rendant plus réactifs aux changements contextuels et plus efficaces dans leurs actions. L’un des principaux défis de ce processus est de ramener les discussions sur la question désagréable qu’est celle de l’impact. Question désagréable, en effet, car réaliser un vrai changement est souvent difficile et laborieux (voir aussi le blog de Julien Semelin : La question de notre impact en 2022). Les actions en faveur de la conservation sont tellement urgentes que nous ne pouvons pas nous permettre de ne pas discuter de l’efficacité de notre travail. Nous devons comprendre par exemple si telle campagne de sensibilisation a conduit à des changements comportementaux, ou pas. Ou si notre investissement dans telle recherche a effectivement permis d’améliorer la gestion et de changer la façon dont les ressources naturelles sont utilisées. Que faire si nous avons tort ? Que faire si les changements n’ont pas lieu ?

Faire passer la conservation à l’échelle requise

Concernant l’approche OAP (Plan d’action), la seule solution est à mon avis de viser un impact à grande échelle. Mettre fin à la chasse illégale d’oiseaux dans tout le bassin Méditerranéen, et pas seulement en Italie par exemple ; gérer durablement les petits pélagiques le long de toute la côte ouest africaine, et pas uniquement dans une aire marine protégée de la côte du Sénégal. Travailler au niveau des OAP à une échelle plus ambitieuse signifie aussi que les partenariats au sein des OAP doivent mettre en œuvre de manière conjointe les mesures nécessaires afin d’atteindre le niveau requis.

Avec l’approche OAP, la Fondation MAVA a rassemblé les partenaires les mieux informés, les mieux connectés, les plus pertinents – la crème de la crème, en quelque sorte. Certains de ces partenariats existaient déjà en partie ou en totalité ; d’autres sont entièrement nouveaux. Dans tous les cas, ces partenariats offrent une occasion unique d’avoir, de manière conjointe, un impact significatif (c’est-à-dire qui dépasse ce qu’un partenaire peut faire tout seul). Les partenaires qui travaillent à un niveau local font soudain partie de processus de changement ayant lieu à un niveau régional. Les partenaires qui travaillent à un niveau régional font soudain partie de processus à un niveau local. Ils sont mis au défi de penser leur complémentarité mutuelle, hors des cadres de leurs propres organisations, et d’explorer des collaborations qu’ils n’auraient pas pu imaginer quelques années auparavant. Les trajectoires traditionnelles sont modifiées. Des enseignements sont tirés. La barre est mise plus haut, car ils cherchent ensemble un niveau de changement qui n’est plus contraint par les organisations et leur histoire, mais qui a une énorme pertinence pour les écosystèmes et les espèces que nous cherchons à protéger.

L’évaluation à mi-parcours

Tout cela a l’air assez logique et direct, mais dans la pratique l’approche OAP demande beaucoup d’apprentissage et de travail. Les partenaires ont mis en place un objectif commun, ont harmonisé leurs efforts et défini un cadre pour évaluer l’impact. La définition d’une théorie commune du changement, avec des objectifs clairs et un cadre transparent (tableau de bord) qui permet aux partenaires de mesurer l’impact, a été trouvée au prix de longs efforts. 2019 et 2020 seront l’occasion de mettre les cadres des Plans d’action (OAP) à l’épreuve et d’évaluer les progrès collectifs et l’impact en profondeur lors d’une évaluation à mi-parcours. Et là encore, la Fondation MAVA va un cran plus loin en encourageant les partenaires à avoir cette réflexion entre eux – plutôt que de (juste) faire intervenir un évaluateur externe. Selon moi, ce point est transformationnel : les partenaires qui sauront examiner leur reflet dans le miroir seront probablement capables de voir ce qui fonctionne et ce qui ne fonctionne pas, et donc de s’adapter et d’être innovants – des caractéristiques cruciales pour avoir un impact significatif.

La grande tentation

Certes, il s’agit d’un processus difficile, néanmoins je suis convaincue que si les partenaires discutent ensemble, démontrent l’impact et communiquent dessus en utilisant un cadre et un vocabulaire communs, cela les aidera à nouer des partenariats plus solides et stratégiques, et à recueillir des financements plus réguliers et fiables. Je pense que lorsque l’on donne le choix aux donateurs, ceux-ci préfèrent investir dans des partenariats stratégiques solides et engagés : pour partager les opinions, tirer les leçons des succès et des échecs, et travailler ensemble vers des objectifs communs à l’échelle requise. J’ai grand espoir que les enseignements tirés de l’approche OAP de la MAVA nous aideront à améliorer notre capacité à avoir un impact significatif sur la conservation.

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