Bailleur impliqué, la marque de fabrique de la MAVA

Par Ibrahima Thiam, Directeur Exécutif, Wetlands International AfriqueCôte Occidentale et Golfe de Guinée 

La Fondation MAVA pour la nature intervient depuis plus de vingt ans en Afrique de l’Ouest en « soutenant la conservation au bénéfice des êtres humains et de la nature ». Depuis l’étincelle allumée par son fondateur le Docteur Luc Hoffmann, la fondation apporte une contribution remarquée aux succès de la conservation dans plusieurs pays et communautés d’Afrique de l’Ouest. Wetlands International fait partie des nombreuses organisations qui ont bénéficié de l’appui multiforme de la MAVA : à ce titre nous sommes témoin de l’évolution de l’action de la fondation ces dernières années.

La MAVA a la particularité de se définir comme un bailleur impliqué ; elle veut dire par là que son action ne se limite pas à la seule mise à disposition de ressources financières. En plus des subventions la relation MAVA – partenaires est bâtie sur des échanges féconds ; elle inclut le renforcement des capacités des acteurs, la création de liens et plus récemment le développement d’un leadership adapté pour le secteur. La démarche a toujours été marquée par une profonde écoute de ses partenaires mais aussi un échange permanent où la fondation partage ses points de vue avec les partenaires, leur apporte une contribution variée sans tomber dans les travers d’un style directif. Cette marque de fabrique donne un cachet particulièrement adapté à l’Afrique de Ouest au « grant-making » de la MAVA en faisant preuve d’une flexibilité et d’une ouverture rares dans un environnement caractérisé par la complexité.

Les innovations apportées par la MAVA au fil des années ont été très utiles pour affiner le modèle de la fondation et sa relation avec les acteurs. Si l’on considère ces dernières années l’action de la MAVA en Afrique de l’Ouest a connu quelques mutations ; parmi celles-ci nous retiendrons trois qui à notre avis ont été déterminantes dans l’efficacité de son action dans la sous-région.

Présence Physique dans la Région

La MAVA qui a longtemps opéré à partir de son siège en Suisse a ouvert à Dakar un bureau en 2015 et mis en place une équipe régionale de programme. Ce choix l’a rendu plus proche des besoins locaux. Cela lui a donné plus de possibilités de participer aux processus internes ou d’en tirer les feedback et  signaux nécessaires pour son action. Cette présence nous aide en tant que partenaire de la MAVA à avoir un accès plus direct et permanent pour échanger sur les programmes, prendre des décisions d’ajustements indispensables dans la conduite d’un projet ou simplement assurer le suivi des dossiers avec une réactivité accrue.

Développement de Plan d’action de Domaines de Programmes

En 2016, la MAVA a innové en produisant un document de stratégie qui guide l’action de la fondation en Afrique de l’Ouest. La mise en œuvre de cette stratégie s’accompagne de la préparation de plans d’action (outcome action plan).  Les plans d’action sont élaborés de façon participative après une longue réflexion et des échanges multiples dans des ateliers où la MAVA invite les acteurs clés du domaine ciblé : administrations publiques, société civile, ONG internationales, experts… etc. Cela permet d’arriver à des choix de projets / programmes participés et consensuels et de mobiliser l’action et la collaboration des acteurs plus efficacement. Cette nouvelle façon d’opérer aide aussi à formuler des projets et des programmes ambitieux à l’échelle sous régional de manière plus concertée et holistique. Ces plans d’action ont aussi l’avantage de réunir des organisations de nature et de cultures différentes donc de favoriser l’apprentissage inter organisationnelle.

La Promotion des Initiatives Multipartenaires et de la Collaboration

Les ateliers de préparations des plans d’action ont été un formidable levier pour générer des initiatives multipartenaires. Ces collaborations sont nécessaires compte tenu de la nature et de l’envergure des menaces qui frappent les différentes cibles biologiques, cependant elles émergent difficilement à cause des particularismes des organisations mais aussi à cause du cloisonnement des projets fréquent dans le secteur. La gestation de ces initiatives a souvent pris beaucoup de temps, a été quelquefois difficile parfois même conflictuelle ; cependant une fois la période d’apprentissage passée, les parties prenantes ont reconnu la pertinence et l’utilité de ces consortiums d’acteurs. Ils demandent certes beaucoup de temps pour être fonctionnels ; ils requièrent aussi de nouvelles compétences dans la négociation, la prévention et les résolutions des conflits mais elles offrent des plateformes d’action plus puissantes et crédibles que les organisations prises individuellement.

Il est heureux de constater qu’au même moment la MAVA travaille à sophistiquer sa boite à outil de bailleur de fonds impliqué afin de doter les organisations de nouvelles compétences mais aussi de les accompagner en favorisant le renforcement du leadership chez les acteurs.

Nous avons l’espoir que le modèle de la MAVA pourra inspirer d’autres acteurs majeurs dans l’appui à la conservation en Afrique de l’Ouest.

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